Fonds ISR : faites fructifier votre patrimoine tout en faisant du bien à la société
03/06/2021 - 5 min de lecture
Rubrique : Epargne
tout un mag pour vous
Fonds ISR : faites fructifier votre patrimoine tout en faisant du bien à la société
Si vous avez été en contact avec un assureur ou un conseiller en gestion de patrimoine, il y a de fortes chances que vous vous soyez déjà vu proposer un fonds ISR. Que se cache-t-il derrière ce sigle, et sont-ils aussi vertueux que le prétendent les établissements qui conçoivent, gèrent et distribuent ces supports de placement ?
L’investissement socialement responsable, késako ?
L’investissement socialement responsable (ISR), également appelé investissement ESG (car il prend en compte les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), est une notion qui a connu une large diffusion surtout après la COP21, en 2015. Son principe est simple : en tant qu’épargnants, nous avons tous le pouvoir de choisir où placer notre épargne. Nous pouvons (et devons) donc la placer dans les titres de sociétés vertueuses d’un point de vue environnemental et social. En d’autres mots, des sociétés dont l’activité ne nuit pas à l’environnement et n’aggrave pas les problèmes sociaux. Mieux encore (si possible), une société dont l’activité contribue à résoudre les problèmes environnementaux et sociaux existants.
Des fonds ISR, pour quoi faire ?
Pour une poignée d’acteurs de la place financière de Paris, l’investissement socialement responsable et/ou l’investissement compatible avec les objectifs environnementaux est un cheval de bataille, c’est leur raison d’être. Ils s’y consacrent depuis des décennies. Pour le reste des établissements, disons-le, c’est avant tout se mettre en conformité avec leurs obligations légales. Une telle obligation a été mise en place pour la première fois par l’article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015. Elle définit les obligations d’information des investisseurs institutionnels concernant leur prise en compte des paramètres environnementaux et sociaux. Ils sont donc tenus de publier avec transparence, d’une manière accessible aux investisseurs, leur intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs opérations d’investissement. Deuxième étape, depuis 2020, la loi PACTE impose aux prestataires de produits d’assurance-vie l’intégration de fonds labellisés ISR dans leur offre.Enfin, en mars 2021 est entrée en vigueur au niveau européen la Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR). Celle-ci oblige tous les gestionnaires d’actifs implantés dans l’Union européenne à publier l’impact ESG de leurs investissements. Ainsi, que vous optiez pour une société de gestion française, espagnole, portugaise, grecque, allemande, etc., votre prestataire est tenu de vous informer sur l’impact ESG des investissements qu’il réalise.
Fonds ISR : une philosophie d’« exclusion positive »
Alors, àquoi s’attendre avec un fonds ISR ? Certains fonds ISR sont consacrés à desthèmes, comme la gestion de l’eau, la lutte contre la pollution, l’urbanisation,les infrastructures ou encore la santé publique. D’autres procèdent selon leprincipe de l’exclusion. Ils s’engagent à exclure de leurs portefeuilles dessociétés dont l’activité est liée à des secteurs jugés non-éthiques, commel’armement, l’huile de palme, le tabac, l’alcool ou encore les énergiesfossiles. Certains gestionnaires, tout en s’abstenant d’exclure les énergiesfossiles totalement, s’engagent à limiter leur part dans le portefeuille à 5%ou 10% par exemple.
D’autres gestionnaires vont encore plus loin et analysent l’empreinte environnementale et sociale des sociétés dans lesquelles ils investissent. Tout passe au crible : l’impact sur la biodiversité, sur les ressources aquatiques, les émissions de gaz à effet de serre, le degré de conformité fiscale… À ce propos, le même article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015, cité plus haut, oblige les sociétés cotées en Bourse à déclarer dans leur rapport annuel les risques financiers liés aux effets du changement climatique ainsi que les mesures adoptées pour les atténuer. La disponibilité de ces informations facilite grandement la tâche aux gestionnaires de fonds.
Enfin, une minorité de gestionnaires de fonds vont encore plus loin en engageant en amont le dialogue avec les sociétés dans lesquelles ils sont investis ou celles qu’ils envisagent d’intégrer dans leurs portefeuilles, afin de se mettre d’accord sur les orientations en matière d’impact environnemental et social qu’ils sont prêts, ou pas, à accepter. Ces gérants de fonds font ensuite savoir leurs engagements de manière formelle lorsqu’ils votent des résolutions lors des assemblées générales d’actionnaires.
Les labels ISR et ESG, des outils à visée double
Pour donner aux gestionnaires de fonds peu à l’aise avec ces problématiques des outils pour les accompagner dans leurs choix d’une part et permettre aux particuliers épargnants d’identifier les fonds qui correspondent à leurs attentes d’autres part, plusieurs labels existent, chacun ayant un cahier des charges qui lui est propre.
Par exemple, dans le cadre de l’initiative Net-Zero Asset Owner Alliance, promue par l’ONU, les gestionnaires de fonds visent la réduction de l’intensité des émissions dans les secteurs prioritaires (pétrole et gaz, services aux collectivités, acier, transport aérien, maritime et routier) et s’engagent à n’investir que dans des sociétés qui limitent leur intensité carbone à une certaine valeur définie pour chaque secteur.
En France, il existe trois labels. Il y a tout d’abord le label ISR, créé par le ministère de l’Économie et des Finances en 2016, et dont le dernier cahier des charges date de juillet 2020. Les sociétés de gestion doivent être en mesure de prouver la rigueur de leur méthode d’analyse ESG, d’évaluer le bénéfice environnemental de leurs investissements, de se doter d’une politique d’engagement et de dialogue vertueux avec les émetteurs, et de se soumettre à des contrôles réguliers. L’attribution du label et les contrôles ultérieurs sont réalisés par trois organismes d’audit externes : Afnor Certification, EY France et Deloitte.
Le label Greenfin, créé par le ministère de la Transition écologique et solidaire, est destiné aux fonds qui se limitent à investir dans les huit secteurs suivants : l’énergie, le bâtiment, la gestion des déchets et contrôle de la pollution, l’industrie, le transport propre, les technologies de l’information et de la communication, l’agriculture et forêt et l’adaptation au changement climatique. Une inclusion limitée de sociétés d’exploitation forestière et de centres de stockage et d’enfouissement de déchets sans capture de gaz à effet de serre est admise. Ces fonds doivent néanmoins exclure certains secteurs comme l’exploration-production et l’exploitation de combustibles fossiles et l’ensemble de la filière nucléaire.
Le label Finansol, destiné essentiellement aux livrets d’épargne, vise quant à lui l’économie sociale et solidaire. Il exige que tout ou partie de l’encours de l’épargne soit affectée au financement d’entreprises solidaires œuvrant principalement dans les domaines suivants : accès à l’emploi et au logement, soutien d’activités écologiques et à l’entrepreneuriat dans les pays en développement.
Un environnement sain et l’absence de problèmes sociaux sont, après tout, dans l’intérêt des investisseurs eux-mêmes
Enfin, même si cet aspect n’est pas le premier qui vient à l’esprit, soyons réalistes : un monde où les inégalités et autres problèmes sociaux dominent et dont l’environnement est très dégradé, la demande pour les produits et services non-essentiels ne sera tout simplement pas au rendez-vous. À y réfléchir, dans notre monde, tout est lié.
Imaginez un instant ce scénario catastrophe : sous l’effet du changement climatique, les catastrophes naturelles se multiplient, plongeant des millions de personnes dans la pauvreté. Réduites à consacrer leur existence à subvenir à leurs besoins, ces personnes ne consommeront jamais de biens et services non essentiels. Adieu donc les sorties au cinéma et au restaurant, les smartphones, la 5G, les plateformes de streaming à la demande… Autant de biens et services dans lesquels les épargnants auraient pourtant pu investir (et récolter des bénéfices).
Il faut aussi penser à la santé des populations dans les pays en fort développement. Imaginez que la pollution causée par des entreprises ne respectant pas l’environnement amoindrit lentement mais sûrement la santé les populations locales. Ou bien cet autre scénario, tout aussi préjudiciable pour la santé publique. Dopées par du cash en provenance du monde entier, une poignée de multinationales obtiennent leurs permis en corrompant des fonctionnaires, privant ainsi les budgets nationaux de ressources. Conséquence : ces États ne sont plus en mesure de financer de manière adéquate leurs systèmes de soins, ce qui fait que l’espérance de vie en bonne santé diminue. Des millions de personnes pourtant en âge de travailler quittent le marché du travail, faute de bonne santé. Comme ils ne travaillent plus, ils ne paient plus d’impôts sur leurs salaires, diminuant d’autant les recettes du Trésor public de leur pays, c’est un cercle vicieux. Et puis, eux aussi, comme ils ne travaillent plus, ils ne peuvent plus se permettre des biens et services non essentiels.
Alors les fonds ISR sont-ils l’avenir de l’investissement ? Tout porte à croire que c’est le cas. Une chose est sûre : à long terme, la non-prise en compte des critères ESG est un mauvais calcul pour toutes les parties prenantes.
© Anton Kunin, journaliste Economie Matin
Les articles présentés sont rédigés par notre partenaire Economie Matin SAS. Leurs contenus sont établis sous la seule responsabilité d’Economie Matin SAS et les informations qui y figurent ne sauraient être données à titre de conseil.Il s’agit d’un point de vue journalistique et Crédit Agricole d’Ile-de-France ne garantit ni la précision ni l’exhaustivité des informations diffusées.