Point mensuel octobre 2022 - Investissements

04/11/2022 - 20 min de lecture

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Point mensuel octobre 2022 - Investissements

Les places financières mondiales ont enregistré un fort rebond au mois d’octobre suite à une accalmie sur le front obligataire mais surtout à l’occasion des résultats du troisième trimestre des entreprises. Malgré l’absence d’un ralentissement de l’inflation ou d’une amélioration tangible de la situation au niveau économique et géopolitique, les marchés actions ont retrouvé des belles couleurs. La zone euro a ainsi bondi de 9,01 %, tandis que le Japon et les États-Unis ont progressé respectivement de 6,36 % et de 5,24 %. Avec une baisse de 1 %, les Émergents ne sont pas parvenus à revenir en territoire positif. Les cours du pétrole sont repartis à la hausse suite à la décision de l’OPEP+ de réduire sa production de deux millions de barils par jour. Le brent et le WTI ont augmenté en de 5,5 % et 8,8 %. L’euro est resté stable face au billet vert à 0,9883 et reste en baisse de 13 % depuis le début de l’année. Nos portefeuilles progressent ce mois-ci de 4,2 %.

Par rapport à nos concurrents (catégorie Quantalys allocation Monde offensive), notre avance est de 44,9 % avec une performance globale de 120,6 % depuis le 31/12/2011. Résultats de nos conseils d’investissements au 31/10/2022 :

perfs global
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Comme chaque mois, voici le tableau des performances des investissements que nous conseillons : nous avons investi 100 000 euros sur chaque portefeuille type au 31 Décembre 2011, et nous donnons donc la performance du portefeuille et de chaque ligne pour les supports PEA et assurance-vie (Floriane, Espace Liberté et Anaé) au 31/10/2022.

 

Portefeuille type PEA : valorisation : 226 668 €

perfs pea

 

 

Portefeuille type Assurance-vie (Floriane, Espace Liberté 1 & 2 et Anaé) : valorisation : 207 458 €

perfs ass vie

 

Répartition du portefeuille actuel : 

répartition

 

Point marchés

 

Après la lourde chute des marchés actions au mois de septembre, les investisseurs redoutaient une performance similaire voire pire pour octobre. En effet, la réputation de ce mois en bourse renvoie surtout au fait que certains des plus grands krachs de la période moderne ont effectivement eu lieu durant le dixième mois de l'année. Fort heureusement, la malédiction a été écartée puisque les places boursières ont préféré clôturer en forte hausse malgré un nouveau record d'inflation dans la zone euro et le relèvement (unanimement anticipé) des taux directeurs des principales banques centrales.

Sur l'ensemble de ce mois réputé à haut risque, les investisseurs n’ont voulu retenir que les bonnes nouvelles afin de sonner le réveil de marchés actions encore meurtris par ce terrible mois de septembre. Ainsi, ont-ils pu prolonger la saison estivale en s’offrant une sorte « d’été indien » avec ce rebond en octobre qui signe la deuxième meilleure performance mensuelle de l’année. La principale explication à cette spectaculaire parenthèse du mois d'Halloween vient d’abord des résultats des entreprises. A l’instar du mois de juillet qui avait déjà offert un spectaculaire rebond à l’occasion des résultats du deuxième trimestre, le bon début des publications du troisième trimestre a permis ce nouveau rebond des indices boursiers (le troisième depuis le début de l’année). Cette période aura également permis de mettre (provisoirement) au second plan le ralentissement de l’économie mondiale avec l'espoir (peut-être) de voir les banques centrales calmer le jeu sur leurs hausses de taux. Mais les résultats des entreprises n’expliquent pas à eux seuls ce formidable rebond des places boursières. Ces dernières ont profité de la baisse du risque politique outre-Manche avec un climat redevenu plus serein après l’abandon de la quasi-totalité de la réforme fiscale voulue par l’ex premier ministre du Royaume-Uni (Liz Truss). Ils ont également savouré le sursaut inattendu de l’économie américaine qui a renoué avec la croissance de son PIB puisque, contre toute attente, l’activité aux États-Unis a progressé de 2,6 % en rythme annualisé entre juillet et septembre après deux trimestres de contraction de l’économie américaines.

Malgré un contexte toujours aussi incertain et des marchés toujours volatils, les principaux indices ont enregistré globalement de belles performances durant le mois d’octobre. L’Europe s’est particulièrement distinguée avec un Euro Stoxx 50 qui a bondi de 9,01 %. Les meilleures performances reviennent aux bourses de Francfort et de Paris avec respectivement + 9,4 % et + 8,75 %. L’indice parisien réalise au passage sa seconde meilleure performance mensuelle après celle de juillet (+ 8,87 %). A Wall-Street, le Standard & Poor’s 500 et le Nasdaq ont progressé respectivement de 5,24 % et 3,9 % mais la surprise est venue du plus vieil indice du monde, le Dow Jones que nous avons souvent tendance à oublier et qui a enregistré sa meilleure performance mensuelle depuis 1976 avec un bond de 14 %. En Asie, seul le Japon est au diapason de l’Europe et des États-Unis avec un gain de 6,36 %. Les Émergents déçoivent avec un indice MSCI Emerging markets en baisse de 1 %. La volatilité s’est quelque peu améliorée; « l’indice de la peur » (le VIX) diminuant de 31,5 à 25,3. Pour rappel, une faible volatilité se situerait entre 15 et 20.
Grâce à cette embellie du mois d’octobre, les indices boursiers réduisent significativement leurs pertes même s’ils accusent toujours un net repli depuis le début de l’année. A New-York, l’indice de référence des professionnels, le Standard & Poor’s 500 est en baisse de 18,8 % alors que le Nasdaq navigue toujours en queue de peloton à - 29,8 % aux côtés du MSCI Emerging markets qui abandonne 29,6 %. Du côté de la zone euro, l’Euro Stoxx 50 est en repli de 15,8 %. Les deux premières économies européennes connaissent toujours des trajectoires différentes puisque l’indice vedette tricolore (CAC 40) surperforme le marché européen en affichant un recul de 12,4 % alors que l’indice allemand (DAX) est plus lourdement sanctionné à - 17,3 %. Le Japon reste de loin le meilleur élève, le Nikkei n’abandonnant que 5,84 %.

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Sur le marché obligataire, les taux souverains se sont détendus après la démission du gouvernement de Liz Truss au Royaume-Uni et l’intervention de Christine Lagarde. En indiquant qu’elle notait un ralentissement de l’économie de la zone euro et que, le cas échéant, elle pourrait en tenir compte dans sa politique monétaire en se montrant moins agressive, la BCE a quelque peu rassuré le marché. Toutefois, celui-ci n’en a sans doute pas fini avec les périodes de forte volatilité. En France, l’obligation du trésor à 10 ans (OAT) se situait à 2,68 % au 31 octobre. Elle était à 2,72 % le 30 septembre après avoir démarré l’année autour de 0,19 % en début d’année. Si la violente hausse des taux nourrit toujours l’intérêt accru des investisseurs pour les rendements des obligations, elle fera aussi sans doute de 2022 « l’annus horribilis » du marché obligataire.

 

Convictions d’investissements
 

Les marchés abordent la dernière ligne droite avec une nouvelle fois l'inflation comme principal sujet de préoccupation et les banques centrales comme arbitres. La majorité d’entre elles continue leur chevauchée fantastique pour lutter contre les pressions inflationnistes. La course au resserrement de la politique monétaire peut être qualifiée d’historique par son ampleur et sa vitesse (hausse de 400 points de base pour la Fed et de 200 points de base pour la BCE en 2022). En frappant vite et fort, les banques centrales espèrent toujours prendre la récession de vitesse et permettre un atterrissage en douceur de l’économie ; un pari audacieux.
Avec les prochaines hausses des taux qui devraient se poursuivre jusqu’à la fin 2022 et sur une partie de l’année prochaine, se pose la question de savoir quelles seront les conséquences de ce durcissement monétaire sur l’économie réelle. Les craintes d'une prochaine récession se matérialisent au fil des statistiques et le ralentissement de l’économie est déjà perceptible. A l’arrivée, il importe peu que la récession intervienne rapidement à cause de la crise énergétique, ou bien d’ici quelques mois, déclenchée par la remontée trop puissante des taux directeurs des banques centrales. Finalement, les grandes préoccupations ont fini par revenir à travers les évolutions de l'inflation, de la croissance et des politiques monétaires des banques centrales. Les perspectives économiques mondiales se sont assombries avec une intensification et une diffusion des pressions inflationnistes, notamment dans les pays avancés et en particulier l’Europe avec une crise énergétique en toile de fond. Les pressions stagflationnistes se sont intensifiées avec concomitamment le ralentissement en cours de l'activité économique et l’intensification de la hausse des prix. L’enjeu est donc toujours de savoir si nous irons dans les prochains mois vers une récession ou si les banques centrales parviendront à enrayer cette dynamique inflationniste en réussissant la prouesse d’un « atterrissage en douceur » des économies américaine et européenne c’est-à-dire sans trop affaiblir durablement leur croissance restée jusqu’ici solide. Les mêmes questions restent toujours sans réponse : l’inflation va-t-elle encore accélérer en Europe ? a-t-elle bien touché un pic cet été aux États-Unis et va-t-elle continuer à décélérer ? Ce n’est plus qu’une question de semaines pour en avoir la confirmation. Les prochaines données sur l’inflation en octobre et en novembre seront décisives lors des deux dernières réunions de la Fed et la BCE les 14 et 15 décembre prochains.

En résumé, les marchés vont rester en priorité concentrés sur les chiffres de l’inflation ainsi que sur l’action des banques centrales. Les investisseurs tentent de se rassurer en se disant que les banques centrales surveillent les signes de ralentissement de deux principales zones économiques et qu'éventuellement, elles pourront en tenir compte en se montrant moins agressives dans le rythme de durcissement de leur politique monétaire. Leurs interrogations porteront sur les prochains relèvements qui pourraient être moins importants. Ils risquent donc de limiter leurs initiatives en attendant les réunions de politique monétaire en fin d’année.
Évidemment, les investisseurs vont également continuer de surveiller attentivement le déroulement du conflit en Ukraine ainsi que la stratégie de la Chine avec sa politique « zéro Covid ». Les confinements répétitifs pénalisent toujours la croissance du pays et continuent de faire souffrir l’économie mondiale. Ces deux sujets sont incontournables pour déterminer l’évolution à la hausse ou à la baisse du niveau de l’inflation ainsi que le niveau de la croissance mondiale et donc, in fine, la probabilité ou pas d’une récession. Évidemment, l’ampleur d’une éventuelle récession dépendra largement de la situation en Ukraine et de ses lourdes conséquences économiques en particulier, sur les prix du gaz à court terme. Cette guerre a provoqué une grave crise énergétique en Europe. La multiplication par cinq du prix du gaz et par dix de celui de l’électricité a contribué à faire augmenter considérablement le coût de la vie et à entraver l'activité. Ce conflit a également poussé les prix des denrées alimentaires. Aussi, les marchés vont-ils surveiller de près leur évolution après que la Russie a décidé de se retirer d’un accord signé fin juillet facilitant les exportations de produits agricoles ukrainiens via un corridor maritime sécurisé. Cette récente décision a provoqué une hausse très importante des prix du blé sur les marchés à terme.
Ce contexte global est inquiétant car même si le PIB reste en croissance, une majorité de foyers à travers le monde aura le sentiment de se trouver en récession à cause de la hausse du coût de la vie. En attendant une amélioration du contexte géopolitique, économique et sanitaire, la nervosité des marchés devrait rester présente encore quelques temps. La dynamique de l’inflation devrait encore peser sur nos économies et parasiter le retournement des indices boursiers. Ces difficultés ne sont pas encore derrière nous.

En conclusion, sur le plan économique, nous prévoyons que la zone euro pourrait entrer en récession au cours du quatrième trimestre 2022 en raison de la poursuite de la guerre en Ukraine et de ses conséquences avec cette sévère crise énergétique et l’augmentation des coûts de la vie. La capacité des Etats à se passer de gaz russe et à mettre en place des politiques budgétaires à l’échelle nationale ou européenne va déterminer l’ampleur de la récession et de la reprise économique qui s’ensuivra. En l’absence de mesures règlementaires, l’inflation en Europe devrait continuer d’accélérer durant l’automne et l’hiver avec un pic qui reste encore à atteindre (nous pensons toujours d’ici la fin de l’année). Du côté des États-Unis, le risque de récession s’accroît mais nous continuons de tabler sur un ralentissement en douceur de la croissance. Celle-ci restera de manière prolongée en deçà de son niveau tendanciel. A propos de la hausse des prix, les dernières données sur l’inflation restent préoccupantes, mais nous continuons d’anticiper une inflexion de l’inflation qui restera néanmoins supérieure aux objectifs de la Reserve fédérale en 2023.

 

Stratégie d’investissement en période de récession
 

Touchée de plein fouet par l’envolée des prix de l’énergie et par la guerre en Ukraine, la zone euro serait condamnée à la récession l’an prochain. Cette issue probable voire incontournable, nous l’avons évoqué à maintes reprises dans nos précédents points mensuels. Désormais, le débat porte plutôt sur la brutalité du choc. Parmi les plus optimistes, le vice-président de la BCE (Luis de Guindos) envisage un recul modéré de seulement 1 % du PIB en zone euro l’an prochain. D’autres avancent des scenarii bien plus sombres. Il est vrai qu’en période agitée, les oiseaux de mauvais augure sont toujours plus nombreux. C’est le cas de la Deutsche Bank qui s’attend à un recul de 2,2 % du PIB en Europe en 2023.
Jusqu’à présent, lorsque la récession menaçait, les banques centrales venaient à la rescousse et les investisseurs trouvaient refuge auprès des obligations souveraines. Mais désormais, cette stratégie est devenue obsolète. Pour lutter contre l’inflation galopante, les banques centrales remontent en effet leurs taux à toute vitesse comme c’est le cas en ce moment. Résultat, les obligations dont le prix évolue en sens inverse du rendement ont dégringolé de concert avec les actions, une situation inédite et un véritable casse-tête pour les investisseurs qui voient ces deux classes d’actif chuter en même temps et dans des proportions similaires (environ - 20 %).
Aujourd’hui, la plupart des professionnels se préparent encore à affronter une période agitée en bourse. Dans cet environnement économique encore incertain, nous continuons de nous montrer à la fois prudent et agile car il existe quelques parades. Face aux nombreux risques qui planent encore sur les marchés, la bonne stratégie revient à conserver encore une part de cash dans les portefeuilles. Un choix d’autant plus judicieux que ces liquidités non investies sont aujourd’hui bien mieux rémunérées.

Sur le marché obligataire, les investisseurs restent à l’écart des obligations souveraines et privilégient les obligations à courte échéance des entreprises les mieux notées (« investment grade ») qui offrent aujourd’hui des rendements attractifs. Les obligations d’émetteurs de qualité comme Apple ou JP Morgan offrent actuellement des rendements autour de 5 %. Mais pour limiter les risques au maximum, ils font le choix de conserver ces obligations jusqu’au remboursement de la dette afin de ne pas avoir à s’inquiéter de la baisse des prix de leurs obligations en cas de poursuite de la hausse des taux (hypothèse qui ne peut être exclue). Ils profitent ainsi entre-temps d’un rendement garanti.

En matière d’investissement sur les marchés actions, nous restons prudents face au manque de visibilité et faisons cohabiter deux stratégies. Leur combinaison au sein de nos portefeuilles modèles demeure toujours pertinente dans un environnement encore incertain avec une décélération de la croissance économique, des hausses de l’inflation, une possible pression sur les profits des entreprises et des risques géopolitiques.
D’un côté, nous considérons que les marchés ont déjà largement anticipé la récession à venir. Nous sélectionnons des entreprises décotées avec des bilans sains et qui ont déjà beaucoup souffert en bourse et qui seront les premières à profiter du redémarrage de l’économie le moment venu. Rappelons au passage que la situation en 2022 est très différente des précédents chocs de 2009 et 2011. Cette fois les entreprises abordent cette période difficile en grande forme, peu endettées et avec des rentabilités à des sommets historiques. De plus, nous traversons actuellement une période de fortes tensions inflationnistes alors que nous étions en déflation (baisse généralisée des prix) lors de ces précédentes crises. Dans ce cas, il convient de privilégier un secteur valorisé « à la casse » comme celui de l’automobile ou celui des banques particulièrement bon marché et qui devrait profiter de la hausse des taux. A titre d’exemple, des sociétés comme Stellantis ou BNP Paribas parmi les meilleurs élèves de leur secteur, réunissent les suffrages de nombreux analystes. Le Groupe Stellantis, né de la fusion en 2021 de Peugeot et Fiat Chrysler, a publié des résultats éclatants pour le premier semestre avec un bénéfice de près de 8 milliards d’euros (juste derrière TotalEnergies au sein du CAC 40) et dernièrement son chiffre d’affaires du troisième trimestre a été annoncé en hausse de 29 %. Le titre est un des moins chers de la cote avec un multiple de résultat (PER ou Price Earning Ratio) d’environ 3. Le Groupe BNP Paribas, première banque de la zone euro, particulièrement appréciée pour sa solidité et la qualité de sa gestion affiche de son côté un PER inférieur à 6 contre un peu plus de 11 en moyenne pour les sociétés du CAC 40. La banque vient de publier un résultat net en hausse de 10,3 % à 2,76 milliards d'euros au titre du troisième trimestre 2022 et continue sur sa lancée avec déjà 8,04 milliards d’euros de bénéfice net engrangés depuis le début de l’année.

De l’autre, nous envisageons l’hypothèse d’une récession plus profonde et privilégions des sociétés solides par gros temps. Nous retenons les secteurs défensifs tels que les opérateurs de télécommunications ou la santé ainsi que certains pans de la technologie tels que la cyber sécurité dont la croissance est peu dépendante de la santé du consommateur. Sur le marché français, Orange figure parmi les rares titres à surnager cette année et Sanofi parvient aussi à limiter la casse avec une performance proche de zéro. Euroapi, sa filiale spécialisée dans la production de produits actifs introduite en bourse en mai dernier, réalise un début de parcours exceptionnel dans un contexte difficile. De même, nous recherchons les sociétés qui offrent régulièrement de généreux dividendes comme TotalEnergies ou Air Liquide. Air Liquide n’a jamais été en perte de son histoire et en plus de son dividende, offre tous les deux ans à ses actionnaires avec une régularité de métronome une action gratuite pour dix détenues. Enfin, les entreprises qui sont capables de protéger leurs marges en augmentant leur prix de vente comme LVMH dans le luxe ou ASML dans les semi-conducteurs figurent également en bonne place dans les portefeuilles.

 

Véritable rebond ou bien nouveau « rebond du chat mort » ?
 

Les marchés entrevoient-ils la lumière au bout du tunnel ? Alors que les investisseurs suivent avec effarement la chute de la valeur de leurs actions et de leurs obligations depuis le début de l’année, chaque rebond boursier ravive l’espoir de voir les marchés repartir durablement à la hausse.
Le récent appel d’air en bourse a ainsi relancé la spéculation sur la fin tant attendue du « bear market » (marché baissier). A titre d’exemples, la bourse de Paris a regagné 8,75 % en octobre franchissant à nouveau le seuil symbolique des 6 000 points (6 266 points) et réduisant ses pertes à 12,4 % cette année. De même l’indice des actions internationales a regagné 7,1 % sur le mois d’octobre réduisant ses pertes à 21,1 % cette année. Même constat à Wall Street, où le Standard & Poor’s 500 (S&P 500) a repris plus de 5,2 % sur le mois mais affiche toujours un repli de 18,8 % depuis le 1er janvier.
Il y a de bonnes raisons de parier sur un rebond significatif des marchés actions. Les entreprises ont tout juste entamé les publications de leurs résultats du troisième trimestre avec quelques bonnes surprises à la clé dont Bank of America outre-Atlantique et le leader mondial du luxe LVMH en Europe. En l’absence d’une chute importante des bénéfices, une perspective redoutée par de nombreux gérants, le S&P 500 américain pourrait regagner environ 15 % dans les mois qui viennent. Bien que cela apparaisse à première vue comme un mouvement important, il serait en ligne avec les rebonds observés durant les marchés baissiers, cette année et les fois précédentes. Les « bear markets » (caractérisés par une chute de plus de 20 % des cours de bourse par rapport au dernier pic) comprennent généralement des périodes de regain d’optimisme et de hausse temporaire des cours. Ces rebonds dits du « chat mort » (« dead cat bounce ») peuvent durer plusieurs semaines. Par exemple, entre le 20 novembre 2008 et le 6 janvier 2009, en pleine crise des subprimes, le S&P 500 a bondi de 24 % avant d’abandonner 27 % dans les semaines suivantes pour finalement toucher son plus bas niveau de la grande financière le 9 mars 2009. Le CAC 40 a suivi la même trajectoire avec un rebond de 17 % suivi d’une chute de 25 % sur la même période.
Des facteurs techniques plaident aussi en faveur d’un rebond à courte échéance. En effet, les valorisations se sont déjà ajustées à la baisse et historiquement la fin d’année est plutôt positive pour les actions. Les gérants interrogés chaque mois par Bank of America ont fait état en octobre d’une proportion record de cash dans leurs portefeuilles depuis avril 2001. Un signe clair de leur pusillanimité dans le contexte actuel et d’une sous-exposition rare aux actions. La moindre liquidité a contribué à l’envolée de la volatilité dernièrement ce qui est la recette parfaite pour un rebond de marché baissier.
Mais ces professionnels restent pessimistes sur les perspectives boursières à moyen terme car les fondamentaux macro-économiques n’ont pas vraiment changé. Les pressions inflationnistes restent élevées des deux côtes de l’Atlantique que ce soit à cause de l’énergie (Europe) ou des hausses de salaire (Etats-Unis). La lutte contre l’inflation demeure la priorité des banques centrales et non le soutien au marché. Les analystes de Bank of America s’attendent à ce que les bourses mondiales atteignent leur point bas au cours du premier semestre 2023, ce qui ferait rentrer l’actuel épisode de chute dans la moyenne des marchés baissiers du siècle dernier. A Wall Street, le point bas a été touché en moyenne 15 à 16 mois après le dernier pic sous l’effet d’une baisse de 38 %.

Concrètement, si nous appliquons scolairement cette statistique à la période actuelle, le point bas n’aurait pas encore été touché. En effet, si nous prenons l’indice de référence du marché américain (le S&P 500), le dernier pic (point haut historique) se situait à 4 786 points le 3 janvier dernier et il était tombé à 3 577 points (point bas le 12 octobre) ce qui signifierait que le point bas pourrait se situer autour de 3 000 pts vers avril prochain. A notre avis, compte tenu de la rapidité et de la puissance du resserrement monétaire de la Fed (hausse de 400 points de base de son taux directeur entre mars et novembre de cette année) afin de juguler cette inflation obstinée, il est tout à fait possible que le point bas ait déjà été atteint en octobre, ou qu’il le sera début 2023 le tout en se contentant d’une correction proche de 30 %. D’ailleurs, afin de nous « rassurer », nous pourrions raisonner non pas à partir du S&P 500 mais du Nasdaq (indice à forte coloration technologique) qui accuse encore une perte proche de 30 % malgré le dernier rebond. Mais peu importe, nous serons vite fixés et non pensons alors que les marchés repartiront durablement vers un nouveau cycle haussier une fois que les banques centrales auront achevé leur resserrement monétaire ou auront commencé à ralentir leurs hausses de taux, étapes dont nous ne sommes plus très loin notamment du côté des États-Unis avec un pivot possible pour les taux directeurs entre 4,5 % et 5 % (actuellement à 3,75 % et 4 %). Concernant l’Europe, ce pivot pourrait se situer autour de 3 % mais la durée de la crise énergétique qui touche le Vieux Continent pourrait l’obliger à resserrer davantage ses taux, l’avenir le dira.

 

La BCE sur tous les fronts face à l’inflation
 

A l’issue de son Conseil des gouverneurs, la BCE a confirmé une nouvelle forte hausse de ses taux directeurs dans le cadre du resserrement de sa politique monétaire. Il s'agit de la troisième hausse de taux annoncée par l'institution de Francfort depuis juillet. Comme en septembre, la banque centrale européenne (BCE) a relevé ses principaux taux directeurs de 0,75 point, afin de faire face à la flambée de l'inflation en zone euro attisée par les conséquences de la guerre en Ukraine. Il s'agit de la troisième hausse de taux annoncée par l'institution de Francfort depuis juillet, son plus haut niveau depuis dix ans.
Le taux rémunérant les liquidités bancaires non distribuées en crédit remonte à 1,5 % et celui sur les opérations de refinancement à court terme à 2 %. Avec ce nouveau tour de vis, la BCE espère parvenir à contenir l'inflation qui a atteint un nouveau record 10,7 % en zone euro en octobre sur un an après 9,9 % en septembre, soit plus de cinq fois son objectif fixé à 2 %. Christine Lagarde a ainsi prévenu que les taux d'intérêt continueront d’être remontés jusqu'à ce que la BCE soit revenue à son objectif dont elle est encore très loin. Enfin, la probabilité d'une récession ainsi que d’une hausse du chômage (à un niveau historiquement bas) s’accroissent. Dès lors ce retournement ne manquera pas de renforcer encore le dilemme de la BCE : rester inflexible dans sa hausse des taux face à l'inflation ou veiller à ne pas aggraver la menace d'une récession.
Le 15 décembre prochain, les gouverneurs étudieront les nouvelles prévisions d'inflation des économistes de la BCE, le risque de récession et l'effet des mesures de normalisation de la politique monétaire adoptées jusque-là. Celles-ci ont un délai de latence avant de se matérialiser dans l'économie. La suite dépendra donc de l'évolution des prix et c'est l'avenir qui le dira.
Par ailleurs, compte tenu de l'accélération de l'inflation et des conséquences de la hausse des taux directeurs, la BCE va réduire les avantages des prêts anti-crise pour les banques (dispositif TLTRO). Elle va donc durcir les conditions sur la dernière vague de prêts géants accordés aux banques à des taux avantageux car ils ne sont plus en phase avec une période d'inflation élevée. Ces prêts offrant désormais des gains attractifs sur les excès de liquidités des banques, le taux appliqué à ces emprunts va donc être ajusté et les banques pourront les rembourser à des dates anticipées.
Outre la poursuite de la hausse des taux, le Conseil des gouverneurs discutera à ce moment-là de l'opportunité de commencer à réduire l'impressionnant bilan de quelque 8 800 milliards d'euros, dont 6 700 milliards accumulés depuis le lancement de la politique de rachats d'actifs («  quantitative easing ») en 2014 et qui a pris fin au début de l'année.
Enfin, la présidente de la BCE a appelé les gouvernements de la zone euro à adopter des politiques budgétaires qui montrent qu'ils sont déterminés à réduire progressivement les taux d'endettement publics élevés.

 

La Fed ne dévie pas de sa ligne
 

Comme ses dirigeants l'ont laissé entendre depuis des semaines, la Réserve fédérale a de nouveau relevé de 75 points de base son taux directeur. Malgré les pressions politiques grandissantes (imminence des élections de mi-mandat) de certains sénateurs démocrates et les craintes de dommages collatéraux sur l’économie, la Fed est restée « droite dans ses bottes » étant donné la persistance de l’inflation. Après les hausses de mars (0,25 %) et d’avril (0,5 %), il s'agit de la quatrième hausse de cette ampleur depuis le mois de mai. Elle porte le taux (Fed Funds) auxquels les banques se prêtent des liquidités à très court terme entre 3,75 % et 4 %. Cette augmentation se répercute immédiatement sur l'ensemble du coût du crédit. D'autres hausses sont probables dans les prochains mois mais pour la première fois, la Fed précise qu'elle va tenir compte dans ses futures décisions de l'impact de ses hausses de taux passées et qui ne s'est pas encore manifesté. En déterminant le rythme des futures augmentations, le comité monétaire prendra en compte l'accumulation du resserrement de la politique monétaire, les délais avec lesquels la politique monétaire affecte l'activité économique et l'inflation, et les développements économiques et financiers.

Les marchés ont salué cette précision et les investisseurs pensent que la Fed approche doucement du niveau maximal des Fed Funds qu'elle compte maintenir un certain temps. Manifestement, elle n'attendra pas que l'inflation soit retombée proche de leur objectif de 2 % avant de lever le pied. La plus forte et la plus tenace vague d'inflation depuis plus de quarante ans aux États-Unis conduit la Fed à procéder à un resserrement ultra-rapide de sa politique dans l'espoir de calmer une demande de biens et services qui continue de dépasser l'offre. Wall Street, inquiète du risque grandissant de récession, espère que la Fed va bientôt ralentir ses hausses de taux. La possibilité d'un relèvement inférieur à 0,75 % lors de la réunion du 14 décembre ou lors de celle de février, est possible, admet Jerome Powell. Tout dépendra des signaux donnés par l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) et les créations d'emplois d'ici là. Pour l'instant, sur ces deux fronts, les indications ne sont pas encourageantes. S'il est vrai qu'un pic de la hausse des prix a été atteint en juin à près de 9 %, en revanche, l'inflation sous-jacente a continué de grimper pour passer de 5,9 % en juin, à 6,6 % en septembre. Cette diffusion de l'inflation à l'ensemble des services ne peut qu'inquiéter la Fed. Du côté de l'emploi, les signaux récents ne montrent guère de ralentissement non plus. Selon le sondage de la société ADP, le secteur privé a encore créé 239 000 postes en octobre, ce qui dépasse les prévisions.


Inflation record et croissance en berne en Europe
 

Alors que l’économie du Vieux Continent flirte avec la récession, la flambée inflationniste ne se calme toujours pas. Au contraire, la hausse des prix a atteint un record de 10,7 % en moyenne dans la zone euro en octobre, après 9,9 % en septembre. Elle est toujours alimentée par les prix de l’énergie qui affichent un bond de 41,9 %. Ceux de l'alimentation, de l'alcool et du tabac bondissent de 13,1 %. L'inflation sous-jacente qui exclut l'énergie et les produits alimentaires non transformés accélère également à 6,4 % sur un an en octobre contre 6,0 % un mois plus tôt.
Naturellement, ce phénomène ampute le pouvoir d’achat des ménages et complique l’équation pour les gouvernements et les banquiers centraux. D’autant que cette inflation record se combine avec un fort ralentissement de l’activité. Le PIB de la zone euro aura évité de justesse la récession pour le troisième trimestre, avec une croissance de 0,2 % soit quatre fois moins que sur les trois mois précédents. L’Allemagne et l’Italie ont défié les pronostics d’un recul de leur activité, qui devrait être inévitable au quatrième trimestre. Cet été, les économies de la Belgique, de l’Autriche et de la Lettonie étaient déjà entrées en territoire négatif. Vu les indicateurs récents de production, la question n’est pas de savoir s’il y aura une récession, mais quelle sera son ampleur car même si le troisième trimestre a été un peu meilleur qu’attendu, une récession est imminente cet hiver dans la zone euro.
Une baisse de l’activité devrait à terme entraîner un relâchement des prix de l’énergie. Mais, pour les gouvernements, la poursuite de la poussée inflationniste va poser à moyen terme la question du maintien des boucliers énergétiques, efficaces mais coûteux. Selon une étude d’Allianz Trade, ces mesures de protection ont coûté en moyenne l’équivalent de 3 % de PIB en Europe, permettant d’amputer de 2 % les chiffres de l’inflation en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne.
La France affiche ainsi l’inflation la moins élevée du continent (7,1 % selon l’indice harmonisé d’Eurostat, 6,2 % selon l’Insee). Si la hausse des prix commence à refluer de façon significative en Espagne et en Grèce, elle se poursuit presque partout ailleurs. Elle a bondi de 9,4 % à 12,8 % entre septembre et octobre en Italie et atteint un record de 11,6 % en Allemagne. Elle reste à des niveaux stratosphériques aux Pays-Bas et dans les pays Baltes.

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A suivre dans les prochaines semaines :

  • Fin de la saison des résultats des entreprises pour le T3 2022 et prévisions pour début 2023
  • Communications et réunions des banques centrales (Fed le 14 décembre et BCE le 15 décembre)
  • Indicateurs macro-économiques (inflation, emploi, confiance des ménages, investissements etc.)
  • Poursuite de la décongestion des chaînes d’approvisionnement
  • Géopolitique : Ukraine, Taiwan etc.
  • Assouplissement possible de la politique zéro Covid

 

Voici les liens d’inscriptions des prochaines visio-conférences :

Mardi 8 novembre 2022 : https://attendee.gotowebinar.com/register/6539831816438402318

Mardi 13 décembre 2022 : https://attendee.gotowebinar.com/register/6656327272424594703

Bons investissements à tous, nous vous donnons rendez-vous le mardi 06 décembre 2022 pour le prochain point mensuel, n’hésitez pas à nous contacter : votre conseiller, le service CAPG Gestion Conseillée (pggc@ca-pyrenees-gascogne.fr) et moi-même (nicolas.duplantier@ca-pyrenees-gascogne.fr) sommes à votre entière disposition.

 

L’illustration graphique présentée ne constitue pas une prévision de la performance future de vos investissements. Elle a seulement pour but d’illustrer les mécanismes de votre investissement sur la durée de placement. L’évolution de la valeur de votre investissement pourra s’écarter de ce qui est affiché, à la hausse comme à la baisse. En poursuivant votre navigation, vous reconnaissez avoir pris connaissance de cet avertissement, l’avoir compris et en accepter le contenu. Les informations et analyses diffusées par Parlons Patrimoine ne constituent qu’une aide à la décision pour les investisseurs. La responsabilité de la caisse régionale Crédit Agricole Pyrénées Gascogne ne peut être retenue directement ou indirectement suite à l’utilisation des informations et analyses par les lecteurs. Il est recommandé à toute personne non avertie de consulter un conseiller professionnel avant tout investissement. Ces informations indicatives ne constituent en aucune manière une incitation à vendre ou une sollicitation à acheter.
Les investissements présentés ici sont dynamiques et présentent un risque de perte en capital
L'adaptation de nos propositions au profil d'investissement de chaque client suit 4 règles principales :

  • Cantonnement : définition d'un pourcentage du patrimoine financier soumis au risque, avec un conseil et un suivi global sur la totalité des contrats intégrant ce risque (PEA, CTO et UC d'assurance-vie)
  • Diversification : géographique, thématique, devise, différentes stratégies et sociétés de gestion, ne pas empiler du risque par des actifs identiques : lignes différentes entre PEA, CTO et UC d'assurance-vie 
  • Volatilité/Gestion du risque : risque global (volatilité) relativement faible (par rapport au cac40 ou aux actions en direct par exemple), complémentarité des lignes dans le but de construire un portefeuille équilibré
  • Communication/suivi : mail et article mensuel sur www.ca-pg.fr, visio-conférence mensuelle
     
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